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Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem (extrait) 1811

« J’ai vu, du haut de l’Acropolis, le soleil se lever entre les deux cimes du mont Hymette ; les corneilles qui nichent autour de la citadelle, mais qui ne franchissent jamais son sommet, planaient au-dessous de nous ; leurs ailes noires et lustrées étaient glacées de rose par les premiers reflets du jour ; des colonnes de fumée bleue et légère montaient dans l’ombre le long des flancs de l’Hymette et annonçaient les parcs ou les chalets des abeilles ; Athènes, l’Acropolis et les débris du Parthénon se coloraient de la plus belle teinte de la fleur du pêcher ; les sculptures de Phidias, frappées horizontalement d’un rayon d’or, s’animaient et semblaient se mouvoir sur le marbre par la mobilité des ombres du relief ; au loin, la mer et le Pirée étaient tout blancs de lumière ; et la citadelle de Corinthe, renvoyant l’éclat du jour nouveau, brillait sur l’horizon du couchant comme un rocher de pourpre et de feu. »

Charles Baudelaire, L’albatros (Les fleurs du mal) 1861

« Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.

 

A peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d’eux.

 

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !

L’un agace son bec avec un brûle-gueule,

L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

 

Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. »

Victor Hugo, Voeux
(Les orientales) 1829

Si j’étais la feuille que roule

L’aile tournoyante du vent,

Qui flotte sur l’eau qui s’écoule,

Et qu’on suit de l’oeil en rêvant ;

Je me livrerais, fraîche encore,

De la branche me détachant,

Au zéphyr qui souffle à l’aurore,

Au ruisseau qui vient du couchant.

 

Plus loin que le fleuve, qui gronde,

Plus loin que les vastes forêts,

Plus loin que la gorge profonde,

Je fuirais, je courrais, j’irais !

 

Plus loin que l’antre de la louve,

Plus loin que le bois des ramiers,

Plus loin que la plaine où l’on trouve

Une fontaine et trois palmiers ;

 

Par delà ces rocs qui répandent

L’orage en torrent dans les blés,

Par delà ce lac morne, où pendent

Tant de buissons échevelés ;

 

Plus loin que les terres arides

Du chef maure au large ataghan,

Dont le front pâle a plus de rides

Que la mer un jour d’ouragan.

 

Je franchirais comme la flèche

L’étang d’Arta, mouvant miroir,

Et le mont dont la cime empêche

Corinthe et Mykos de se voir.

 

Comme par un charme attirée,

Je m’arrêterais au matin

Sur Mykos, la ville carrée,

La ville aux coupoles d’étain.

 

J’irais chez la fille du prêtre,

Chez la blanche fille à l’oeil noir,

Qui le jour chante à sa fenêtre,

Et joue à sa porte le soir.

 

Enfin, pauvre feuille envolée,

Je viendrais, au gré de mes voeux,

Me poser sur son front, mêlée

Aux boucles de ses blonds cheveux ;

 

Comme une perruche au pied leste

Dans le blé jaune, ou bien encor

Comme, dans un jardin céleste,

Un fruit vert sur un arbre d’or.

 

Et là, sur sa tête qui penche,

Je serais, fût-ce peu d’instants,

Plus fière que l’aigrette blanche

Au front étoilé des sultans.

Mario Mantese, Au pays du silence (extraits) 2001

« Dans l’état d’éveil, il n’y a ni passé, ni présent, ni avenir. Le fait de percevoir sans mots ni interprétations subjectives contient une puissante énergie et engendre un total oubli de soi dans l’instant. Penser au passé signifie vivre en lui, et vivre en lui signifie en être prisonnier. Le passé est le meurtrier de l’intuition. »

« Je savais que je ne devais pas réfléchir à ce qu’il avait dit, sans quoi j’aurais aussitôt créé un foyer qu’il appelait Moi ou Présent. »

« Un coeur pur ne connaît pas de souffrance, ne cause aucune souffrance, ne laisse aucune trace. »

« Le non-créé habite en toi. Ne le cherche pas car tu l’es toi-même. La prise de conscience et l’intuition sont des instruments nécessaires pour parvenir à la victoire. »

« Fais attention à tes pas, car tu marches à travers ton monde intérieur, à travers tes états embrumés. Ne les laisse pas te déstabiliser, aies confiance en la force conductrice de l’esprit. Le danger de s’égarer sur le chemin intérieur, avec ses brouillards denses et ses labyrinthes, est plus grand que le danger extérieur. Le brouillard intérieur est épais et invisible. Sois par conséquent lumineux et clair intérieurement. Alors ce sera lumineux et clair également à l’extérieur. »

« Ne t’identifie ni avec la raison ni avec son contenu. Sois libre car la liberté est l’état de celui qui n’a pas de nom. »

«  Si tu te trouves dans une pièce obscure dans laquelle aucune lumière ne pénètre, tu constates qu’il fait noir. Mais l’obscurité elle-même ne peut pas voir l’obscurité. Il y a donc quelque-chose d’autre en toi qui constate qu’il fait noir. S’il n’était pas de l’autre côté de l’obscurité, il ne pourrait jamais constater qu’il fait noir. Tu n’es pas l’obscurité que l’on voit. Tu es celui qui voit, le témoin de l’obscurité. Tu n’es pas ce que tes sens voient et expérimentent dans le monde extérieur. Avec tes sens, tu réfléchis à ce que tu as vu, tu l’interprètes et vis selon ce que tu as vu et interprété. Le voyant est le soleil ; ce qui se passe est le brouillard sous le soleil. Le brouillard va et vient. N’oublie pas ton véritable état d’être divin. »

« Quels sont les grands obstacles pour celui qui avance sur le chemin de la libération ? Ce sont les obstacles du passé (se remémorer le passé, se souvenir de lui et être impressionné par lui), les obstacles du présent (se préoccuper de choses intellectuelles superficielles, cultiver leur opacité, les justifier et les interpréter) et les obstacles du futur (se faire des soucis, s’attendre à des difficultés, même avant qu’elles n’interviennent). »

« Le coeur de celui qui s’éveille reste impassible lorsque les yeux morts de l’obscurité le fixent. »

« La vie éphémère et fantomatique ne peut s’épanouir que là où existe le penchant de se définir soi-même dans ces domaines inférieurs. Alors on se meut dans des mondes de fantaisies irréelles que l’on a créés soi-même et l’on rêve de parachever quelque-chose de durable. C’est un amour, une passion de soi, l’amour de sa propre pensée et de ses propres actes qui anime ces créations subjectives des rêves. Et toutes ces constructions éthériques aspirent à la satisfaction dans le monde limité. Ce sont des forces d’aspiration qui enchaînent l’âme à ce qui est mortel. Toutefois, rien sur ce plan-là ne sera totalement satisfaisant, car tout est séduction. Les choses ne semblent qu’un très court instant être ce qu’elles ne seront jamais réellement. »

Marcel Nuss, L’amour tant et tant (extraits) 2021

« Au-dessus d’eux veillaient des Lumières tendres,

prêtes à leur tendre des Rayons d’amour...

Et la poésie naquit de ses doigts gourds. »

 

« Dès que l’amour boîte

l’humain se déshydrate

il s’étiole, s’éteint, s’égare

dans des regards de gare »

 

« ... seule la certitude d’une Vérité

[...] vaut la peine de descendre dans le puits

stressant d’un corps déglingué

qui souffre parfois jusqu’à désespérer »

« ... il voulait être Soi après avoir été eux. »

« Que signifie : être homme ?

[...] s’essouffler d’avoir régner sans avoir vécu

vraiment

faire de la philosophie ou de l’art avec des mots

et de la politique avec du vent [...] »

Marcel Nuss, De chaos et de lumières (extraits) 2021

« Où donc est l’amant de l’âme au corps dormant... »

« J'aimerais exprimer la vie de mon corps

cette vie qui encombre mon esprit

comme un chaland enlisé dans la glèbe

quitter ce pays sage lunaire qui m'enferme

dans un ailleurs aphone

un nulle-part sans borne

je suis un tagger poétique

je calligraphie frénétique des mots à foison

sur des pages impavides pour fuir le vide

d'une profonde désespérance celle de n'être

que le miroir de regards en trompe l'œil

sur le fronton d'une vie désincarnée

Douce lumière de mon cœur

délivre-moi du mal-heurt qui réfrène

le sens du bonheur et la saveur du vivre

j'aimerais rire à l'unisson

de tes yeux généreux comme l'amour

et me fondre dans l'harmonie de nos soupirs »

« La différence appelle-t-elle la connivence des silences ténus ? »

Marcel Nuss, La symbolique horizontale (extraits) 2021

« Et de la Pentecôte de nos coeurs

qui s’émerveillent s’élève

infiniment un appel... »

«  ... l’amour que je sème

au vent de vos mémoires »

« Je me suis glissé dans le temps rétréci

pour élargir l’horizon de mon coeur

dans une implosion de bonheur

ma muse m’initie

j’écris. »

« ... chaque soir tu te couches sur mon horizon inerte... »

« J’aime que le temps soit source d’espoir

le bonheur est une surprise

qui fleurit au détour d’une voix

sais-tu que je te crois »

Bruce Lee, Opération dragon (extraits) 1973

« Le maître Shaolin : Je vois que tes talents sont passés au-delà du simple niveau physique. Tes capacités ont atteint le niveau de ta vision spirituelle. J’ai quelques questions. Quel est le niveau technique que tu comptes atteindre ?
Lee : N’avoir aucune technique.
Le maître : Très bien. A quoi penses-tu face à un adversaire ?
Lee : Il n’y a pas d’adversaire.
Le maître : Et pourquoi cela ?
Lee : Parce que le « je » n’existe pas.
Le maître : Bien. Continue.
Lee : Un bon combat doit ressembler à un simple jeu, mais joué sérieusement. Un bon maître d’arts martiaux n’est pas nerveux, il est prêt. Il ne pense pas, mais ne rêve pas non plus. Il est prêt à toutes les éventualités. Quand l’adversaire se déploie, je me contracte. Lorsqu’il se contracte, je me déploie. Et quand une opportunité se présente, je ne frappe pas. Le coup part de lui-même.
Le maître : Maintenant rappelle-toi que l’ennemi ne montre qu’images et illusions derrière lesquelles il cache ses véritables intentions. Détruis l’image, et tu briseras l’ennemi. »

« Rien ne doit être intellectualisé, seule la vacuité conduit à l’autoréalisation et au geste spontané. Vide ton esprit, reste fluide. Sans forme, comme l’eau. »

« Le but ultime de la destinée est de compléter intrinsèquement le programme de la vie universelle et de lier l’esprit au corps pour réaliser un être complet. Un méta-humain maîtrisant en soi, par la haute pensée philosophique, les quatre éléments pour en représenter un cinquième. »

Gérard Encausse dit Papus, 1865-1916

« Les expériences de Flourens avaient démontré que nos cellules se renouvellent en un temps qui, pour l’homme, n’excède pas trois ans. Quand je revois un ami trois ans après une visite antérieure, il n’y a plus en cet ami aucune des cellules matérielles qui existaient auparavant. Et cependant les formes du corps sont conservées, la ressemblance qui me permet de distinguer mon ami existe toujours. Quel est donc l’organe qui a présidé à cette conservation des formes, alors qu’aucun organe du corps n’a échappé à cette loi ? »

« Claude Bernard, en étudiant les rapports de l’activité cérébrale avec la production de l’idée, avait été amené à constater que la naissance de chaque idée provoquait la mort d’une ou plusieurs cellules nerveuses. Si bien que ces fameuses cellules nerveuses, qui étaient et qui sont encore le rempart de l’argumentation des matérialistes, reprenaient, d’après ces recherches, leur véritable rôle, celui d’instruments et non celui d’agents producteurs. La cellule nerveuse était le moyen de manifestation de l’idée et ne générait pas elle-même cette idée. »

« Toutes les cellules de l’être humain sont remplacées en un temps déterminé. Or quand je me rappelle un fait arrivé dix ans plutôt, la cellule nerveuse qui avait enregistré ce fait à l’époque, a été remplacée cent ou mille fois. Comment la mémoire du fait s’est-elle conservée intacte à travers cette hécatombe de cellules ? »

« Et même ces éléments nerveux auxquels on fait jouer un tel rôle dans les faits du mouvement sont-ils si indispensables à ce mouvement alors que l’embryologie nous apprend que le groupe de cellules embryonnaires qui constitue plus tard le coeur, bat rythmiquement alors que les éléments nerveux du coeur ne sont pas encore constitués. »

Richard Bach, De l’autre côté du temps (extraits) 1999

« Le problème était la porte. Elle refusait de rester ouverte. »

« Ce n’est pas parce qu’une chose n’a duré qu’une fraction de seconde qu’elle n’est pas arrivée, comme n’importe quel pigeon de ball-trap vous le dira.
Et ce coup-là avait fait mouche. Je n’avais pas eu la berlue. Nous ne pouvons identifier les objets erratiques entrevus pendant moins d’une demi-seconde, dit-on, les objets géométriques pendant moins d’un cinquantième de seconde, mais notre perception d’un sourire sera enregistrée à un millième de seconde, tant notre esprit est sensible à l’image du visage humain. »

« Sur l’aire de stationnement bétonnée l’herbe prenait le pouvoir, verte comme une mer intérieure, venant se briser contre le tarmac. Elle se répandait autour de nous en un vaste carré champêtre pour se soulever au loin en une houle douce et lente piquée de champs et fleurie de chênes... Pour un aviateur, c’était le paradis. Quelle que fût la direction du vent, il y avait de l’herbe douce sous les roues pour atterrir. C’était l’histoire d’avant l’invention des pistes en dur imposant des atterrissages par vent de travers, un ravissement pour les yeux et pour le coeur. »

Romain Gary, La promesse de l’aube (extraits) 1960

« L’aube balayait l’océan d’un seul coup d’un bout à l’autre et le ciel était là, soudain, dans toute sa clarté, alors que mon coeur battait encore au rythme de la nuit et que mes yeux croyaient encore aux ténèbres. »

« L’ennui par la conversation et la bêtise par l’intellect sont quelque-chose que je n’ai jamais pu supporter. »

« Le plus simple serait de lui décharger mon revolver dans les médailles, après lui avoir fait mon compliment. Je me laisserais ensuite fusiller avec bonne humeur : le peloton d’exécution n’était pas pour me déplaire. Il me paraissait aller fort bien avec mon genre de beauté. »

« Son calme et sa douceur cachaient une de ces flammes qui font parfois de la France l’endroit du monde le mieux éclairé. »

« Son regard se mit à errer sur mon visage, s’attardant à chaque trait avec une expression de tendresse et de sollicitude qui me donnait le sentiment de sortir soudain de l’ébauche pour devenir enfin un homme complet. La terre entière devint un piédestal. »

« Pour faire face à la vie, il m’a toujours fallu le réconfort d’une féminité à la fois vulnérable et dévouée, un peu soumise et reconnaissante, qui me donne le sentiment d’offrir alors que je prends, de soutenir alors que je m’appuie. »

« Ils étaient trop installés dans leurs meubles, qu’ils appelaient la condition humaine. Ils avaient appris et ils enseignaient « la sagesse », cette camomille empoisonnée que l’habitude de vivre verse peu à peu dans notre gosier, avec son goût doucereux d’humilité, de renoncement et d’acceptation. Lettrés, pensifs, rêveurs, subtils, cultivés, sceptiques, bien nés, bien élevés, férus d’humanités, au fond d’eux-mêmes, secrètement, ils avaient toujours su que l’humain était une tentation impossible. Ils avaient raison, dans le sens qui eût évité à Jésus de mourir sur la croix, à Van Gogh de peindre, aux Français d’être fusillés, et qui eût uni dans le même néant, en les empêchant de naître, les cathédrales et les musées, les empires et les civilisations. »

Benoît Mandelbrot, La forme d’une vie (extraits) 2014

« Observez que ces cercles, ces ellipses et ces paraboles sont des formes très lisses et qu’un triangle présente un petit nombre de points d’irrégularité. Ces formes furent mon amour de jeunesse, mais sont très rares dans la nature. Galilée avait absolument raison d’affirmer que dans la science ces formes sont nécessaires. Mais elles n’étaient pas suffisantes, parce que la plus grande partie du monde est d’une grande rugosité et d’une infinie complexité.
Toutefois, la mer infinie de la complexité comprend deux îlots de simplicité : l’un est de simplicité euclidienne, l’autre de simplicité relative, dans laquelle la rugosité est présente mais identique à toutes les échelles. »

Paul-Georges Sansonetti, Hergé et l’énigme du pôle (extraits) 2011

« Le fondement de l’histoire est le fait d’une supra-humanité ; notion indissociable de la doctrine des âges successifs. De l’Inde védique, de la Perse au monde scandinave en passant par la Grèce d’Hésiode, les textes énumèrent 4 périodes qui rythment non point une évolution mais une inexorable involution avant un retour de l’âge du commencement. L’Age d’Or, puis d’Argent (miroir de ce qui a précédé, mais qui se noircit avec le temps et atténue la lumière). Puis l’Age d’Airain et enfin l’Age de Fer. »

« Par l’inexorabilité de l’involution, la monde a perdu le souvenir lumineux du commencement. A la fin d’un cycle, l’immense majorité des personnes n’a plus qu’une existence végétative et remplie d’inutilité. On pourrait la comparer à un interminable chapelet de sensations multiples (joies et peines, espérances et désenchantements) traversant de la naissance à la mort le « moi-je » et le plongeant dans l’illusion de posséder une réalité alors qu’il n’est , le temps d’une vie, que l’ombre éphémère du Soi rayonnant d’immortalité. »

« L’ego est cette pernicieuse puissance qui s’oppose à l’ordre divin. La part personnelle de ténèbres prend racine dans l’ego. Cette puissance tentera toujours de rompre une possible communication avec la lumière divine. »

Nakajima Atsushi, Histoire du poète qui fut changé en tigre (extraits) 1942

« Désireux de se faire lui-même un nom de poète, il n’avait pas voulu s’attacher à un maître, ni rechercher la compagnie d’amis poètes pour tenter à leur contact de polir son art. Et en même temps, il était trop fier pour se ranger dans le commun des mortels. Tout cela par la faute de son orgueil pusillanime et de sa pudeur orgueilleuse.
Craignant de ne découvrir aucun trésor en lui, il n’avait pas eu l’audace de creuser patiemment, et parce qu’il croyait à moitié à ce trésor caché, il n’avait pas voulu non plus l’exposer au milieu des tessons et de la pacotille. Progressivement, il s’était isolé du monde, éloigné des hommes, ce qui avait eu pour effet de nourrir encore, d’engraisser à force d’exaspération et de dépit, l’orgueil pusillanime qu’il portait en lui.
Il prétendant que la vie est trop longue pour ne rien faire, trop courte aussi pour réaliser quoi que ce soit, tandis que sa vérité se résumait à deux choses : la crainte lâche de révéler l’insuffisance de son talent et la paresse qui  fuit le labeur acharné. » (Monts et lunes)

« Il apparaît que la contrainte obtienne à elle seule de bien meilleurs résultats qu’une générosité et une sincérité assorties de toutes sortes de précaution. Même sans être certain d’avoir gagné l’estime des dominés, on observe qu’une autorité intransigeante force l’admiration et le respect en profondeur et non pas seulement en surface. Souvent les dominés ne différencient pas ce qui "fait peur" de la "vraie grandeur". » (La poule)

Paul Radin, La civilisation indienne (extraits) 1953

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Hermann Hesse, Le loup des steppes (extraits) 1927

« La divination que l’homme n’est pas une création toute faite, mais une exigence de l’esprit, une possibilité lointaine aussi crainte que désirée, et que le chemin qui y mène n’est jamais suivi que l’espace de quelques pas, dans des souffrances et des extases terribles, par ces êtres isolés et rares en l’honneur de qui on dresse aujourd’hui l’échafaud, demain le monument, cette divination, dis-je, vivait dans l’âme du Loup des steppes. Mais ce qu’il appelle homme en lui, par opposition à son loup, n’est pas autre chose, en grande partie, que ce même homme médiocre de la convention bourgeoise. Harry peut bien pressentir le chemin qui mène à l’homme véritable, le chemin des immortels, il peut même çà et là y avancer d’un pas hésitant et infinitésimal, qu’il paie ensuite par des tourments cuisants, par une douloureuse solitude. »

«  " Ô bonheur d’être encore un enfant ! " L’homme sympathique, mais sentimental, qui chante cette chanson de l’enfant bienheureux, souhaite lui aussi le retour à la nature, à l’innocence, aux commencements, et oublie complètement que les enfants, loin d’être bienheureux, sont susceptibles de bien des conflits, de bien des déchirures, de toutes les souffrances. En général, il n’est pas de voie qui conduise en arrière, ni vers le loup ni vers l’enfant. Au début de toutes choses, il n’y a ni innocence ni ingénuité ; tout ce qui est créé, même ce qui apparaît comme le plus simple, est déjà coupable, déjà lancé dans le torrent boueux du devenir, et ne peut jamais, jamais remonter le courant. Le chemin de l’innocence, de l’incréé. de Dieu, ne mène pas en arrière,mais en avant, non pas vers l’enfant ou le loup, mais toujours plus avant dans la culpabilité, toujours plus profondément dans la création humaine. Même le suicide, pauvre Loup des steppes, ne te servirait à rien ; tu devras malgré tout suivre le chemin plus long, plus pénible et plus difficile du devenir humain ; tu devras souvent encore multiplier ta dualité, compliquer ta complexité. Au lieu de réduire ton espace, de simplifier ton âme, tu deviendras de plus en plus le monde,tu devras finalement faire entrer l’univers entier dans ta poitrine douloureusement élargie, pour parvenir peut-être un jour au repos, à la fin. »

« Un homme qui a la divination des ciels et des abîmes de l’essence humaine ne devrait pas vivre dans un monde où dominent le sens commun, la démocratie et l’instruction bourgeoise. Il n’y vit que par lâcheté et, quand ses dimensions l’étouffent, quand il se sent à l’étroit dans la pièce bourgeoise, il fait payer au loup les pots cassés et ne veut pas savoir que la bête,en cet instant, est le meilleur de lui-même. Tout ce qu’il y a de sauvage en lui, il l’appelle loup et le juge méchant, dangereux, épouvantail à bourgeois ; lui, qui croit pourtant être artiste et posséder des sens délicats, n’est pas capable de voir qu’en dehors du fauve et derrière lui il existe en son moi bien autre chose, que tout ce qui mord ne vient pas du loup, qu’il y a là des renards, des dragons, des tigres, des singes et des oiseaux de paradis. Et tout cet univers, tout ce jardin paradisiaque plein de formes petites et grandes, terribles et charmantes, puissantes et délicates, est écrasé et emprisonné par la fable du loup, comme l’homme véritable l’est par le bourgeois. »

Francis Mazière, Fantastique Ile de Pâques (extraits) 1965

francis mazière

Françoise Sagan, Bonjour tristesse (extraits) 1954

françoise sagan

Jacques Bergier, 1912-1978

« J’ai subi de telles tortures (à Neue Bremm) que je me suis imaginé à mon retour en avoir inventées quelques-unes. »

« Il y a dans ce monde assez de choses et d’hommes admirables pour n’avoir jamais le loisir de mépriser. »

« Je crois que quelque chose en nous ne dort jamais, sait tout et ne meurt pas. »

« L’intelligence, c’est ce qui fait que l’on s’abstient de conclure. »

Etienne de La Boétie, Discours de la Servitude Volontaire (extraits) 1549

« Si bon que soit le naturel, il se perd s’il n’est entretenu, et l’habitude nous forme toujours à sa manière, en dépit de la nature. Les semences de bien que la nature met en nous sont si menues, si frêles, qu’elles ne peuvent résister au moindre choc d’une habitude contraire. Elles s’entretiennent moins facilement qu’elles ne s’abâtardissent, et même dégénèrent. »

« Si toutes choses deviennent naturelles à l’homme lorsqu’il s’y habitue, seul reste dans sa nature celui qui ne désire que les choses simples et non altérées. Ainsi la première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude. Ils disent qu’ils ont toujours été sujets, que leurs pères ont vécu ainsi. Ils pensent qu’ils sont tenus d’endurer le mal, s’en persuadent par des exemples et consolident eux-mêmes, par la durée, la possession de ceux qui les tyrannisent. Les années accroissent l’injure. »

 

« Il s’en trouve toujours certains, mieux nés que les autres, qui sentent le poids du joug et ne peuvent se retenir de le secouer, qui ne s’apprivoisent jamais à la sujétion et qui, comme Ulysse cherchait par terre et par mer à revoir la fumée de sa maison, n’ont garde d’oublier leurs droits naturels, leurs origines, leur état premier, et s’empressent de les revendiquer en toute occasion. Ceux-là, ayant l’entendement net et l’esprit clairvoyant, ne se contentent pas, comme les ignorants, de voir ce qui est à leurs pieds sans regarder ni derrière ni devant. Ils se remémorent les choses passées pour juger le présent et prévoir l’avenir. Ce sont eux qui, ayant d’eux-mêmes la tête-bien faite, l’ont encore affinée par l’étude et le savoir. Ceux-là, quand la liberté serait entièrement perdue et bannie de ce monde, l’imaginent et la sentent en leur esprit, et la savourent. Et la servitude les dégoûte, pour si bien qu’on l’accoutre. »

« Les gens soumis, dépourvus de courage et de vivacité, ont le coeur bas et mou et sont incapables de toute grande action. Les tyrans le savent bien. Aussi font-ils tout leur possible pour mieux les avachir. »

 

« Le tyran ne croit jamais sa puissance assurée s’il n’est pas parvenu au point de n’avoir pour sujets que des hommes sans valeur. »

 

« Le théâtre, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté ravie, les outils de la tyrannie. Ce moyen, cette pratique, ces allèchements étaient ceux qu’employaient les anciens tyrans pour endormir leurs sujets sous le joug. »

 

« Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. Je ne vous demande pas de le pousser, de l’ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir, et vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre. »

Dialogues avec l’ange (extraits) 1943

« Ce n'est pas moi seul qui veille sur toi.

La prière de beaucoup de malheureux égarés dans l'obscurité veille sur toi, car tu es la seule porte pour eux.

Eux, qui sont dépourvus de tout, veillent sur toi mieux que moi-même, ma bien-aimée. »

 

« C'est ton travail qui est ta prière.

La prière est l'aile des sans-ailes.

Tes ailes poussent déjà. »

Imre Madach, La tragédie de l'homme (extraits) 1861

« ...

 

LUCIFER, à Adam.
Tu oses te rebeller, vil esclave ?
Cesse donc de te vautrer dans la fange,
Pauvre bête que tu es !

 

Lucifer essaie de donner un coup de pied à Adam. A ce moment, le ciel s’entrouvre. Le Seigneur, entouré de ses anges, apparaît en gloire.

 

LE SEIGNEUR
A ton tour,
Esprit, de t’abaisser !
Car, souviens-t-en,
Devant la mienne, il n’est pas de grandeur !

 

LUCIFER, ployant sous le coup.
Malédiction ! Malédiction !

LE SEIGNEUR
Relève-toi, Adam, et reprends cœur !
Je t’accorde à nouveau ma grâce.

 

LUCIFER, à part.
Ha ! Ha !
Quelle touchante scène de famille
Se prépare ! Un cœur sensible y prendrait
Sûrement grand intérêt ! Mais ce genre
De momeries blesse l’intelligence…
Je prends la poudre d’escampette !

 

Il se dirige vers la sortie.

LE SEIGNEUR
Reste,
Ici, Lucifer ! J’ai à te parler.

 

à Adam.
Dis-moi ce qui t’afflige et te tourmente.

ADAM
Seigneur, d’horribles visions me hantent.
Y a-t-il là quelque chose de vrai ?
Je n’en sais rien... Dis-moi quel sort m’attend :
Ce peu d’étroite vie qui m’est donné,
Est-ce là tout ce qui m’est destiné ?
Mon âme, décantée par tant de luttes,
Comme le vin dans les celliers, dois-tu,
Lorsqu’elle sera pure à ton idée,
En faire offrande au sable desséché
Qui la boira sans que rien n’en demeure ?
Ma descendance, ennoblie, pourra-t-elle
Se rapprocher de toi ? Ou devra-t-elle
Jusqu’à la mort, cette race des hommes,
Tourner la roue, comme un cheval de somme,
Sans nul espoir de pouvoir s’arracher
Au cercle étroit où elle est attachée ?
L’âme élevée, qui court au sacrifice
Sous les lazzis cruels des populaces,
Sera-t-elle récompensée ? Seigneur,
Éclaire-moi ! Je n’y puis que gagner.
Quel que soit mon destin, je t’en rends grâce
Et fermement je le supporterai.
Mais c’est l’enfer que cette incertitude…

LE SEIGNEUR
Ne cherche pas, mon fils, à soulever
Le voile dont ton Dieu, dans sa bonté,
Protège de tes yeux le grand Mystère.
Si tu pouvais savoir que, sur la terre,
Tu ne passes qu’un jour, après lequel
L’éternité t’attend, tu n’aurais plus
Aucun mérite à souffrir ici-bas.
Si tu savais que le sable boira
La liqueur de ton âme, où prendrais-tu
L’idéal qui pourrait te détourner
Des fugitives voluptés ? Que ferais-tu
De grand pendant ta vie ? Que l’avenir
Te demeure caché par une brume,
Alors ta foi dans une infinitude
T’aidera puissamment à supporter
La pesanteur de ta vie éphémère !
Mais cependant t’enorgueillirais-tu ?
Le sentiment de ta fragilité
Viendra couvrir le feu de ton orgueil !
Et c’est ainsi que grandeur et vertu
Également te seront assurées.

LUCIFER, ricanant.
Ah, vraiment, la glorieuse carrière !
Où pour guides tu auras, seulement,
Deux grands mots : Grandeur, Vertu – qui ne peuvent
Devenir un peu concrets, sans leur suite,
Soit : la superstition, l’ignorance,
Les stupides préjugés ! Que me suis-je
Avisé d’associer l’homme à mon œuvre,
Comme s’il pouvait sortir quelque chose
De ce ragoût de soleil et de fange,
De ce nabot, quant à la vraie science,
De ce géant, quant à la cécité !

ADAM
Ne raille pas, Lucifer. Je l’ai vue,
Ta vraie science et ses créations !
Elle n’a pu que me glacer le cœur !
Mais toi, Seigneur, depuis que j’ai osé
Goûter le fruit de l’arbre défendu,
Tu m’as privé de la main tutélaire
Qui me guidait... Qui la remplacera ?

LE SEIGNEUR
Ton bras est fort. Ton âme est élevée.
Devant toi s’ouvre un champ illimité.
Sois attentif, car sans cesse une voix
Te parlera de moi, t’exhortera,
Te freinera... Prête-lui bien l’oreille.
Mais si parfois, dans le fracas terrestre,
Tu n’en percevais pas l’écho céleste,
Le cœur plus pur de cette faible femme,
Indifférente aux appétits mesquins,
Saura l’entendre et te le transmettra,
Soit par le chant, soit par la poésie.
Tels sont ses dons, ses armes, et toujours
Tu les auras, comme elle, à tes côtés,
Dans le bonheur ou dans l’adversité.
Elle sera ton souriant génie,
Ta consolation…
    Toi, Lucifer,
Tu es aussi, dans mon vaste univers,
Un maillon nécessaire. Agis ! Agis !
Ton froid savoir, ta négation folle
Sont les ferments qui stimuleront l’homme.
De son chemin, si parfois tu l’écartes,
Qu’importe ! Il reviendra toujours à moi !
Ton châtiment sera de constater
Que tes efforts pour corrompre son âme
N’ont pour effet que Noblesse et Beauté.

LE CHŒUR DES ANGES
Pouvoir librement faire choix
Du Mal ou du Bien, mais connaître
Que nous protège un divin maître
Dont on a le regard sur soi !
Sans peur et sans inquiétude,
Agis ! Combats ! En dédaignant
Le dédain de la multitude,
Et ne fais jamais rien de grand
Que pour l’estime de toi-même.
Tout autre but serait honteux :
Tu serais cloué à la terre
Quand les nobles cœurs vont aux cieux.
Mais pour autant ne va pas croire
Que tes actes et tes travaux
Sont sortis de l’humain cerveau
Et que de toi Dieu ait besoin
Pour mener à bien ses desseins :
Tu n’as reçu que de sa grâce
Le pouvoir d’agir à sa place.

EVE
Mon cœur comprend ce chant... O, mon Dieu, sois loué !

 

ADAM
J’en devine le sens et veux m’y conformer.
Mais comment oublier la terrible échéance ?

 

LE SEIGNEUR
Homme, je te l’ai dit : lutte et aie confiance !

... »

Richard Bach, Le messie récalcitrant (extrait) 1977

« Il y avait jadis, dans un village sur le fond d’un grand fleuve de cristal, des créatures.

Le courant de ce fleuve glissait au-dessus de tous - jeunes et vieux, riches et pauvres, bons et méchants - et le courant allait son propre chemin ne connaissant que sa propre nature de cristal.

Chaque créature, à sa manière, s’accrochait étroitement aux branches et aux rochers du fond du fleuve, car s’accrocher était leur mode de vie, et résister au courant, tout ce que chacun d’eux avait appris depuis sa naissance.

Mais une créature dit à la fin : « Je suis las de m’accrocher. Bien que je ne puisse pas le voir de mes yeux, je crois que le courant sait où il va. Je lâcherai et me laisserai entraîner où il veut. A rester accroché, je mourrai d’ennui. »

Les autres créatures éclatèrent de rire et dirent : « Idiot ! Lâche donc et ce courant que tu vénères te jettera, balloté et meurtri, contre les rochers ; tu en mourras, et plus vite que d’ennui. »

Mais l’autre ne tint pas compte de ces quolibets, et retenant son souffle il lâcha et fut aussitôt balloté et meurtri par le courant contre les rochers.

Or bientôt, comme il refusait de s’accrocher de nouveau, le courant le souleva et le libéra du fond, et il ne fut plus bousculé ni blessé.

Et les créatures vivant en aval, pour lesquelles il était un étranger, se mirent à crier : « Voici un miracle ! Une créature comme nous-mêmes, et pourtant elle vole ! Voici le Messie venu pour nous sauver tous ! »

Et celui que le courant portait dit : « Je ne suis pas plus Messie que vous. Le fleuve se plaît à nous soulever et à nous libérer, si seulement nous osons lâcher. Notre véritable tâche c’est ce voyage, cette aventure. »

Mais les autres criaient de plus belle : « Sauveur ! Sauveur ! » tout en s’accrochant aux rochers, et lorsqu’ils levaient la tête une deuxième fois, celui que le courant portait s’en était allé ; alors, restés seuls, ils fabriquaient des légendes à propos d’un Sauveur. »

«  - Et la réalité ?

    - La réalité est divinement indifférente, Richard. Une mère ne se soucie pas du rôle que tient son enfant au cours de ses jeux ; un jour voleur, le lendemain gendarme. L'Etre ne sait même rien de nos illusions et de nos amusettes. Il ne connaît que lui-même, et nous à son image, parfaits, achevés.

    - Je ne suis pas sûr d'avoir envie d'être parfait et achevé. Tu parles d'un ennui...

    - Regarde le ciel, dit-il.

C'était un tel coq-à-l'âne que je levai les yeux vers le ciel. Les cirrus s'effilochaient, tout là-haut, et les premiers rayons de lune leur faisaient des auréoles d'argent.

    - Un beau ciel, dis-je.

    - Un ciel achevé ?

    - Ben... le ciel est toujours achevé, Don.

    - Es-tu en train de me dire que tout en changeant à chaque seconde, le ciel est toujours un ciel achevé ?

    - J'ai compris, Don. Je ne suis pas bouché.

    - Et la mer est toujours une mer achevée, tout en changeant sans cesse, elle aussi [...]

    - Parfait, et toujours en train de changer. Je l'accepte.

    - Tu l'as accepté il y a très longtemps, puisque tu es à cheval sur les temps. »

« Le péché originel, c'est de limiter l'Etre. Ne le fais pas. »

« Ta conscience est la mesure de l'honnêteté de ton égoïsme. Ecoute-la avec grand soin. »

« Tu veux être libre de toutes les choses qui te tirent en arrière - la routine, l'autorité, l'ennui, la gravité. Ce que tu n'as pas encore compris, c'est que tu es déjà libre, et que tu l'as toujours été. »

« Qu'est-ce qui a fait croire au bon Samaritain que le type couché sur le bord de la route désirait avoir de l'huile sur ses plaies ? Et si justement ce type-là profitaient de ces instants de tranquillité pour se guérir lui-même par l'esprit, en prenant un plaisir extrême à surmonter cette difficulté ? »

« Le signe de ton ignorance, c'est la profondeur de ta croyance en l'injustice et en la tragédie. Ce que la chenille appelle la fin du monde, le maître l'appelle un papillon. »

« Le nombre des personnes intéressées par ce que tu as à dire est très faible, mais c'est bien ainsi. On ne mesure pas la qualité d'un Maître à l'étendue de son audience, souviens-toi de cela. »

After all, David Bowie 1970

« Man is an obstacle, sad as the clown

So hold on to nothing, and he won't let you down

Some people are marching together and some on their own

Quite alone

Others are running, the smaller ones crawl

But some sit in silence, they're just older children

That's all, after all »

Apparitions, Victor Hugo 1855

« Je vis un ange blanc qui passait sur ma tête ;

Son vol éblouissant apaisait la tempête,

Et faisait taire au loin la mer pleine de bruit.

- Qu'est-ce que tu viens faire, ange, dans cette nuit ?

Lui dis-je. - Il répondit : - je viens prendre ton âme. -

Et j'eus peur, car je vis que c'était une femme ;

Et je lui dis, tremblant et lui tendant les bras :

- Que me restera-t-il ? car tu t'envoleras. -

Il ne répondit pas ; le ciel que l'ombre assiège

S'éteignait... - Si tu prends mon âme, m'écriai-je,

Où l'emporteras-tu ? montre-moi dans quel lieu.

Il se taisait toujours. - Ô passant du ciel bleu,

Es-tu la mort ? lui dis-je, ou bien es-tu la vie ? -

Et la nuit augmentait sur mon âme ravie,

Et l'ange devint noir, et dit : - Je suis l'amour.

Mais son front sombre était plus charmant que le jour,

Et je voyais, dans l'ombre où brillaient ses prunelles,

Les astres à travers les plumes de ses ailes. »

Ibo, Victor Hugo 1855

Dites, pourquoi, dans l'insondable 

Au mur d'airain, 

Dans l'obscurité formidable 

Du ciel serein, 

 

Pourquoi, dans ce grand sanctuaire 

Sourd et béni, 

Pourquoi, sous l'immense suaire 

De l'infini, 

 

Enfouir vos lois éternelles 

Et vos clartés ? 

Vous savez bien que j'ai des ailes, 

Ô vérités ! 

 

Pourquoi vous cachez-vous dans l'ombre 

Qui nous confond ? 

Pourquoi fuyez-vous l'homme sombre 

Au vol profond ? 

 

Que le mal détruise ou bâtisse, 

Rampe ou soit roi, 

Tu sais bien que j'irai, Justice, 

J'irai vers toi ! 

 

Beauté sainte, Idéal qui germe 

Chez les souffrants, 

Toi par qui les esprits sont fermes 

Et les coeurs grands, 

 

Vous le savez, vous que j'adore, 

Amour, Raison, 

Qui vous levez comme l'aurore 

Sur l'horizon, 

 

Foi, ceinte d'un cercle d'étoiles, 

Droit, bien de tous, 

J'irai, Liberté qui te voile, 

J'irai vers vous ! 

 

Vous avez beau, sans fin, sans borne 

Lueurs de Dieu, 

Habiter la profondeur morne 

Du gouffre bleu, 

 

Âme à l'abîme habituée 

Dès le berceau, 

Je n'ai pas peur de la nuée ; 

Je suis oiseau. 

 

Je suis oiseau comme cet être 

Qu'Amos rêvait, 

Que saint Marc voyait apparaître 

À son chevet, 

 

Qui mêlait sur sa tête fière, 

Dans les rayons, 

L'aile de l'aigle à la crinière 

Des grands lions. 

 

J'ai des ailes. J'aspire au faîte ; 

Mon vol est sûr ; 

J'ai des ailes pour la tempête 

Et pour l'azur. 

 

Je gravis les marches sans nombre. 

Je veux savoir ; 

Quand la science serait sombre 

Comme le soir ! 

 

Vous savez bien que l'âme affronte 

Ce noir degré, 

Et que, si haut qu'il faut qu'on monte, 

J'y monterai ! 

 

Vous savez bien que l'âme est forte 

Et ne craint rien 

Quand le souffle de Dieu l'emporte ! 

Vous savez bien 

Que j'irai jusqu'aux bleus pilastres, 

Et que mon pas, 

Sur l'échelle qui monte aux astres, 

Ne tremble pas ! 

 

L'homme en cette époque agitée, 

Sombre océan, 

Doit faire comme Prométhée 

Et comme Adam. 

 

Il doit ravir au ciel austère 

L'éternel feu ; 

Conquérir son propre mystère, 

Et voler Dieu. 

 

L'homme a besoin, dans sa chaumière, 

Des vents battu, 

D'une loi qui soit sa lumière 

Et sa vertu. 

 

Toujours ignorance et misère ! 

L'homme en vain fuit, 

Le sort le tient ; toujours la serre ! 

Toujours la nuit ! 

 

Il faut que le peuple s'arrache 

Au dur décret, 

Et qu'enfin ce grand martyr sache 

Le grand secret ! 

 

Déjà l'amour, dans l'ère obscure 

Qui va finir, 

Dessine la vague figure 

De l'avenir. 

 

Les lois de nos destins sur terre, 

Dieu les écrit ; 

Et, si ces lois sont le mystère, 

Je suis l'esprit. 

 

Je suis celui que rien n'arrête 

Celui qui va, 

Celui dont l'âme est toujours prête 

À Jéhovah ; 

 

Je suis le poëte farouche, 

L'homme devoir, 

Le souffle des douleurs, la bouche 

Du clairon noir ; 

 

Le rêveur qui sur ses registres 

Met les vivants, 

Qui mêle des strophes sinistres 

Aux quatre vents ; 

 

Le songeur ailé, l'âpre athlète 

Au bras nerveux, 

Et je traînerais la comète 

Par les cheveux. 

 

Donc, les lois de notre problème, 

Je les aurai ; 

J'irai vers elles, penseur blême, 

Mage effaré ! 

 

Pourquoi cacher ces lois profondes ? 

Rien n'est muré. 

Dans vos flammes et dans vos ondes 

Je passerai ; 

 

J'irai lire la grande bible ; 

J'entrerai nu 

Jusqu'au tabernacle terrible 

De l'inconnu, 

 

Jusqu'au seuil de l'ombre et du vide, 

Gouffres ouverts 

Que garde la meute livide 

Des noirs éclairs, 

 

Jusqu'aux portes visionnaires 

Du ciel sacré ; 

Et, si vous aboyez, tonnerres, 

Je rugirai.